Un tribunal dun type particulier a établi son siège à La Haye aux Pays-Bas. Il sagit de la Cour internationale de justice. Pour la première fois, la République fédérale dAllemagne est citée seule devant l « organe judiciaire principal » des Nations Unies. Une fois auparavant, lAllemagne avait été assignée devant la Cour Internationale de Justice avec dautres états membres de lOTAN, dans le contexte des attaques aériennes sur la Serbie. Cette procédure est encore en instance, tout comme laffaire portée en justice par lAllemagne ellemême contre les Etats-Unis, en relation avec la condamnation à mort des frères Karl et Walter LaGrand, exécutés depuis. Actuellement, les juges ont à statuer sur 22 recours contentieux.
Historique de la Cour - Cest en 1899 quà linitiative du tsar Nicolas II, la première Conférence de la paix sest réunie à La Haye. Il fut décidé détablir une « Cour darbitrage permanente » dont le siège serait à La Haye. Depuis 1913, cette Cour siégeait dans le Palais de la paix, don dAndrew Carnegie. Il ne sagissait pas dun tribunal au sens courant du terme, puisquil réunissait plutôt des experts du droit international public nommés par les gouvernements des états membres. Sa fonction était darbitrer les conflits entre états qui ne pouvaient être résolus par la voie diplomatique. Parallèlement à cette Cour darbitrage permanente fut créée en 1922 la Cour permanente de justice internationale dans le cadre de la Société des Nations. Depuis la fondation des Nations Unies en 1945, cette Cour continue dexister en tant que Cour Internationale de Justice et de siéger dans le Palais de la paix à La Haye. La Cour Internationale de Justice a commencé son activité en 1946. Ses statuts font partie intégrante de la Charte des Nations Unies.
Organe judiciaire principal
La Cour Internationale de Justice de La Haye est lorgane judiciaire principal des Nations Unies (Charte des Nations Unies, art. 92 et suivants). Elle est investie de deux fonctions. Elle statue dans les litiges entre états et assume un rôle dexpert pour les questions juridiques qui lui sont soumises par les organismes internationaux autorisés. Seuls des états peuvent saisir la Cour Internationale de Justice et être cités devant elle. Y sont autorisés les états membres des Nations Unies, actuellement au nombre de 189, et la Suisse. La compétence consultative de la Cour peut être sollicitée par cinq organes et 16 institutions internationales spécialisées des Nations Unies.
15 juges indépendants
Les quinze juges de la Cour Internationale de Justice sont élus par lAssemblée générale et le Conseil de sécurité des Nations Unies. Deux juges originaires dune même nation ne peuvent jamais siéger simultanément à la Cour Internationale de Justice. Les juges sont élus pour neuf années, un tiers étant renouvelé tous les trois ans. Une réélection est possible. Les juges ne représentent pas leur gouvernement mais agissent en qualité dautorités indépendantes. Ils doivent disposer des qualifications requises pour occuper les plus hautes fonctions juridiques dans leur pays dorigine ou être des juristes reconnus du droit international public. La Cour Internationale de Justice statue à la majorité des voix. A égalité des voix, la voix du président lemporte.
Actuellement la Cour Internationale de Justice se compose des juges suivants :
Président: Gilbert Guillaume (France)
Vice-président: Shi Jiuyong (Chine)
Shigeru Oda (Japon)
Mohammed Bedjaoui (Algérie)
Raymond Ranjeva (Madagascar)
Géza Herczegh (Hongrie)
Carl-August Fleischhauer (A)
Abdul G. Koroma (Sierra Leone)
Vladlen S. Vereshchetin (Fédération de Russie)
Rosalyn Higgins (Grande-Bretagne)
Gonzalo Parra-Aranguren (Venezuela)
Pieter H. Kooijmans (Pays-Bas)
Francisco Rezek (Brésil)
Awn Shawkat Al-Khasawneh (Jordanie)
Thomas Buergenthal (Etats Unis)
La résolution des conflits par le consensus
La saisine de la Cour Internationale de Justice est facultative. Les deux parties se soumettent volontairement à sa juridiction. Les parties qui saisissent la Cour reconnaissent quelles sont prêtes à accepter sa décision dans le litige concerné (Art. 94, alinéa 1 de la charte des Nations Unies.). Toutefois, lorsque une partie refuse ultérieurement la décision de la Cour, cette dernière ne peut en exiger lexécution. Une exécution forcée serait en contradiction avec lidée de la souveraineté des états et avec lexpérience qui montre que les conflits entre états ne peuvent se résoudre par la force mais uniquement par un consensus.
La procédure se compose dune phase dite écrite pendant laquelle les parties présentent et échangent des écrits, et dune phase dite orale, une audition publique au cours de laquelle les mandataires de procédure et les représentants postulent devant la Cour. La Cour délibère en anglais et en français. Tout ce qui est exposé par écrit ou oralement est traduit dans lautre langue. Après les débats, la Cour délibère en son sein. Elle fait connaître sa décision au cours dune réunion publique. Les décisions de la cour sont irréversibles, aucun appel nest possible. Si lune des parties nexécute pas la décision de la Cour, lautre a alors la possibilité de faire appel au Conseil de sécurité des Nations Unies. La Cour assume ses obligations dans son ensemble. A la demande des parties, elle peut toutefois constituer des chambres spéciales.
71 décisions depuis 1946
Depuis 1946, la Cour Internationale de Justice a rendu 71 décisions concernant entre autres des conflits de frontières, la souveraineté territoriale détats, la nonintervention de la force, la noningérence dans les affaires intérieures détats, les relations diplomatiques, la prise dotages, le droit dasile, les questions de nationalité et les questions de droit économique. Dans le cadre de ses compétences consultatives, la Cour a établi 24 expertises depuis 1946, concernant entre autres ladhésion aux Nations Unies, les réparations de dommages survenus au service des Nations Unies, les dépenses affectées à certaines opérations des Nations Unies, le statut du délégué aux droits de lhomme, et la légalité de la force de dissuasion des armes nucléaires et de leur mise en uvre.
La Cour statue conformément aux traités et conventions internationaux en vigueur, conformément au droit coutumier international et aux principes généraux du droit. Pour létablissement des normes juridiques, elle sen réfère aux décisions des juges en la matière et aux théories des auteurs les plus renommés des différentes nations.